Select Language

Infirmière en 2025: entre puces, robots et monitoring

Infirmière en 2025 : entre puces, robots et monitoring

Article de Malika Surbled, paru le 20 juillet dans ActuSoins

 

Dossiers médicaux entièrement numérisés, chambres modulables, patients hyper-connectés, robotisation des gestes ainsi que des actes médicaux et chirurgicaux… ActuSoins a décidé de faire un saut dans le temps et de se projeter en 2025 en suivant dans son début de tournée une de demain, dans un centre hospitalier de pointe. FICTION. 

Infirmière en 2025 : entre puces, robots et monitoringIl est 6h45. Lena, jeune infirmière de 25 ans, vient de pénétrer dans l’immense pôle de cardiologie dans lequel elle travaille.

À l’entrée du vestiaire, elle prend sur un meuble sa tenue blanche et sort ses chaussures de sur l’une desquelles a été collée une puce de suivi RFID (1). Ainsi, à tout moment de la journée, sa cadre pourra savoir où Lena se trouve. Car, tous les mouvements de Lena seront enregistrés sur un logiciel de données.

« Il ne s’agit pas d’un flicage, mais bien d’une possibilité de pouvoir optimiser votre travail après l’avoir étudié via vos déplacements au sein du service », a assuré sa hiérarchie quand, il y a quatre ans, l’ensemble des soignants du pôle a été équipé de la puce, et que les plus âgés, moins habitués au système de traçage du personnel, ont exprimé quelques réticences.

Pour Lena, qui a vécu depuis son enfance dans un monde hyper-connecté, rien de plus normal que cette puce pourtant. D’ailleurs, pense-t-elle, si les patients en sont équipés de façon systématique à leur entrée, pourquoi pas les soignants ? Alors que d’une poche de sa tunique elle sort puis allume une tablette numérique dernière génération – celle en 3D qui vient de sortir, une ultra-fine – pour prendre connaissance des transmissions de l’équipe de nuit, elle entend qu’on l’appelle dans le couloir.

C’est Alice, sa collègue de nuit qui est encore là et qui l’attend pour quelques transmissions orales. Alice y tient, même si depuis que les dossiers sont informatisés et que toutes les données et paramètres des patients sont y sont automatiquement transmis sans recopiage nécessaire des soignants, les transmissions orales ne sont plus obligatoires.

Alice doit normalement juste s’assurer sur le moniteur central qui comptabilise les entrées et les sorties que la relève est arrivée. « Je suis seule la nuit avec une aide-soignante et notre robot Hospi (2). Je suis de la vieille génération qui tient encore à un contact humain entre collègues », explique souvent Alice aux jeunes recrues.

Lena et son robot Hospi : deux complices

Lena, ravie de cette attention, se retourne vers Hospi, resté lui aussi dans le couloir, lui adressant un sourire complice. Le robot va rester avec elle et la seconder toute la journée, car lui, peut travailler 24h/24, sans fatigue, ni erreur. Malgré sa petite taille (1m30), Hospi est plutôt lourd et encombrant. Son sourire reste figé toute la journée sur l’écran qui lui sert de visage. Mais au moins, il assure, pense Lena.

Aujourd’hui, Lena aura vingt patients à charge. Il y a quelques années, les infirmières se seraient inquiétées dans un service de chirurgie cardiaque de devoir s’occuper d’un si grand nombre de patients, alors que les allées et venues au bloc sont nombreuses dans la journée et que les patients sortent de plus en plus tôt – contraintes budgétaires obligent – des services de soins-intensifs en post-op.

Mais l’arrivée des robots, notamment pour le transport des traitements per os dans les chambres, mais aussi pour soulever et déplacer les patients, décharge le personnel d’une grosse partie du travail. La généralisation des scopes et autres équipements « high tech » aussi. Sans fils, ni câbles, ils transmettent en continu les paramètres vitaux des patients à la pancarte de soins informatisée ainsi qu’aux différents écrans du service, sans qu’aucun geste soignant ne soit réalisé.

Aujourd’hui, Lena est d’humeur songeuse. Alors qu’une alarme sur sa tablette lui signale la brusque chute de tension d’un patient attendu au bloc dans la matinée, Lena se demande si elle serait capable de mesurer manuellement une pression artérielle si les chambres n’étaient pas équipées de tous ces appareils.

On lui a bien montré, une fois en stage, dans des locaux vétustes et peu équipés, comment appliquer un stéthoscope au pli du coude et quels bruits écouter, mais plus jamais elle n’a eu à reproduire ce geste. Il paraît que dans le temps on se déplaçait avec des tensiomètres à roulettes, d’une chambre à l’autre, et que ceux-ci étaient très bruyant, se souvient la jeune infirmière, d’un récit d’une ancienne formatrice de son université.

Dans sa chambre, Monsieur Durand est assis dans son lit-fauteuil (4). En voulant faire une manipulation, il s’est trompé et s’est positionné un peu trop rapidement en position complètement assise et s’est levé ensuite. Ce qui explique la chute de tension signalée à Lena. Lena attend qu’il se sente mieux et lui suggère d’aller dans sa salle de bains, dans laquelle il pourra prendre sa douche avant d’aller au bloc.

Avant son opération – on lui greffera aujourd’hui un cœur entier issu d’une impression en 3D* -, Monsieur Durand devra subir quelques derniers examens d’imagerie. Les cœurs « bioficiel » en 3 D, c’est tout nouveau en France. Seuls deux patients en ont bénéficié depuis 2024. L’opération de Monsieur Durand représente donc un enjeu majeur pour la réputation de l’établissement.

Au bloc opératoire

Tout sera fait au bloc, récemment équipé avec du matériel de pointe : la table d’opération est motorisée et deux caméras ont été installées au niveau de l’éclairage opératoire pour que d’une part le chirurgien communique avec son homologue américain qui l’assiste grâce à un robot Da Vinci 2e génération depuis New-York et que d’autre part l’ensemble des protagonistes du bloc puissent suivre ce qui se passe sur le champ opératoire. Au sein même de la salle, IRM et scanners ont été installés.

Ce bloc pluri-disciplinaire était attendu par les équipes depuis plusieurs années déjà. Il permet d’effectuer plusieurs interventions sur un même patient en une seule fois, sans avoir à le déplacer. C’est un gain de temps et d’argent considérable pour le Centre Hospitalier. Derrière l’un des appareils, un laryngospope robotisé (3) équipé d’une vidéo a été installé. Manipulé à distance du patient, il permet de faciliter – pour l’anesthésiste – la procédure d’intubation et diminue le risque de complications associées au contrôle de la ventilation.

Il est maintenant 10 heures. Dans le service, Lena a effectué tous les prélèvements sanguins et posé antibiotiques et autres perfusions. Dans la chambre 203, elle a eu du mal, pourtant. Il faut dire que Madame Rose a des veines introuvables. Pour ne pas perdre de temps à demander de l’aide via le terminal multi-média de la chambre à d’autres collègues du pôle ou à l’anesthésiste, Lena a sorti du chariot de soins le BloodBot du service : un dispositif capable de détecter les veines grâce à une simple sonde numérique et d’y insérer un cathéter sans aucun problème.

Le geste terminé, elle a pu reprendre sa tournée. Sur son chariot, à côté de l’écran, quelques sets de pansements pour les soins à venir sont disposés. Lena s’assure que Margaux, l’aide-soignante, a terminé les nursings et que Hospi, le robot, a bien distribué les traitements.

À 10h15, un brancardier vient chercher un premier patient pour le bloc. Sans lit, il entre dans la chambre 206. Lena est présente pour les dernières recommandations et pour s’assurer que tout est bien en ordre. Le patient, qui est en train de jouer à un jeu-vidéo sur le terminal multi-média pouvant servir aussi bien aux soignants pour l’accès aux dossiers, qu’aux patients pour les divertissements, est bien à jeun, l’écran de monitoring ne signale aucune anomalie : Il peut partir dans son lit-fauteuil qui servira jusqu’au au bloc.

 

des puces dans les sabots des soignants

 (1) Une puce pour la traçabilité

Si la technologie RFID est largement répandue et connue du grand public pour ses usages dans les secteurs des transports, du commerce ou des services public, elle est moins connue dans le secteur de la santé. En installant des puces dans les sabots des soignants de son service des maladies infectieuses, en 2015, l’hôpital Nord de Marseille a été précurseur d’une pratique qui sera peut-être généralisée demain. Le but du dispositif, (associé à des antennes qui reconnaissent l’identité des soignants et à des distributeurs de solutions hydro-alcoolique) est de recueillir des informations sur les pratiques soignantes (lavage des mains dans ce cas) et de les analyser. En termes de traçabilité, les puces RFID sur les soignants pourront servir à bien d’autres causes.

 

robot Hospi 2

(2) Le robot Hospi existe déjà…au Japon. Capables de transporter des médicaments ou d’effectuer des tâches fastidieuses, ces robots aideraient à pallier le manque de personnel.

 

laryngoscope robotisé

(3) Le laryngoscope robotisé équipé d’une vidéo et dirigé depuis un poste de travail à distance permettrait à l’anesthésiste d’insérer une sonde endotrachéale dans la trachée du patient avec une plus grande précision et de réduire les risques associés à l’insertion. Le dispositif existe déjà, au Canada.

 

La chambre d’hôpital du futur existe déjà

(4) La chambre d’hôpital du futur existe déjà

Une chambre d’hôpital moderne, optimisée et hyper-connectée a été créée par un groupe d’entreprises du Nord de la France. D’abord exposée en 2012 à l’état de prototype, elle est maintenant fonctionnelle et utilisée en partie dans quelques hôpitaux de France et de Belgique.

Un terminal multimédia au chevet du patient permet non seulement à ce dernier de se divertir et de communiquer avec l’extérieur, mais aussi aux soignants de consulter son dossier et ses prescriptions médicales informatisés, du mobilier conceptualisé avec des matériaux anti-bactériens, une banquette-lit à disposition permanente pour les accompagnants : l’hôpital de Charleroi en Belgique s’est récemment dotée de sept« Concept Room ». En France, le Centre Hospitalier de Lille a aussi investi dans une partie de ces équipements. « Il y a une forte demande des directeurs d’hôpitaux pour les acheter. Grâce à la Concept Room, les patients ne sont plus obligés de recourir systématiquement au personnel de l’hôpital » explique Caroline Auberger, déléguée générale de Clubster Santé.

Les soins et l’ergonomie aussi facilités. Côté hygiène, les toilettes – dotés également d’un bassin amovible encastrable sur la lunette – sont automatiquement nettoyés et désinfectés après usage. Côté informations : le dossier médical est accessible via un écran dédié au personnel soignant, qui, grâce à un badge électronique, peut y accéder directement et réaliser les prescriptions adaptées. Le lit est encore à l’état de prototype – il ne peut pas encore être utilisé faute d’homologation. Il peut se replier en position fauteuil. L’idée est de re-donner de l’autonomie du patient en favorisant la position assise plutôt que la position allongée afin qu’il puisse remarcher plus rapidement.

Pour retrouver l’intégralité de l’article paru dans le magazine ActuSoins n°18, cliquez ici

 

 

COMMENTAIRES